Aux abords de Royan : des blockhaus qui se fondent dans le paysage

Plage de la Grande Côte

280 ouvrages sur une trentaine de kilomètres

En Charente-Maritime, sur une trentaine de kilomètres de côte, depuis la presqu’Île d’Arvert jusqu’à Semussac, on dénombre pas moins de 280 vestiges d’ouvrages fortifiés qui constituent une partie du mur de l’Atlantique. Si ce mur qui s’étendait de la frontière hispano-française jusqu’au nord de la Norvège avait pour mission de protéger les troupes allemandes d’une éventuelle attaque des Alliés, pour la zone côtière encadrant Royan, il s’agissait aussi de contrôler l’accès au port de Bordeaux depuis l’estuaire de la Gironde.

C’est à partir de 1942 que les blockhaus ont été construits par cet organisme du génie civil qu’était l’Organisation Todt qui travaillait pour le Troisième Reich. Soigneusement entretenus par les troupes allemandes, ces ouvrages sont devenus à partir du mois de septembre 1944 des points de protection pour les quelques 5 000 soldats allemands repliés dans la poche de Royan. Ceci jusqu’à ce que le secteur ne soit libéré après les bombardements et les combats meurtriers d’avril 1945.

Pour consulter des images de ces combats, voir : http://archives.ecpad.fr/front-de-latlantique-lattaque-de-la-poche-de-royan/ ; http://archives.ecpad.fr/front-de-latlantique-lattaque-de-la-poche-de-royan-par-la-2e-db-division-blindee/

Des témoins du temps qui passe

Si ces blockhaus témoignent de la démesure d’un projet défensif fondé sur la construction d’une forteresse de 6000 kms, ils témoignent aussi des décennies qui ont suivi et pendant lesquelles l’espace côtier, ses visiteurs et les pratiques de ces derniers se sont transformés.

Sur un plan topographique, la position que ces bâtiments occupent aujourd’hui donne par exemple des informations sur l’évolution du trait de côte. En gagnant sur la forêt en certains endroits, celui-ci a fragilisé la dune, faisant glisser des blocs de béton dans la mer, comme c’est le cas sur la plage de la Grande Côte, au nord de Saint-Palais-sur-Mer.

Mais à l’inverse, en d’autres endroits, là où la mer s’est éloignée, les blockhaus sont envahis par une épaisse végétation qui épouse les parois et qui occulte la vue sur l’Océan. Or, à des décennies de distance, c’est le point de vue que ces sites offraient sur la mer qui motivait leur présence en ce lieu.

Désormais à l’abri des regards, ces blockhaus moins visibles ne sont pas pour autant délaissés. Régulièrement visités par des graffeurs, ils sont recouverts de multiples messages, graffs, tags ou fresques qui montrent que l’intérêt à leur sujet est vif. Et s’il l’est pour le terrain d’expériences qu’ils fournissent à des graffeurs, il l’est aussi sur un plan touristique. En effet, tous les guides touristiques réservent une place à ces vestiges de la Seconde Guerre mondiale qui font intégralement partie de la zone côtière mais qui sont aussi un de ses attraits.

Secteur de la Baie de Bonne Anse
Secteur de la Grande Côte

Parties prenantes du paysage naturel, les blockhaus sont aussi, dans certains lieux, intégrés à l’habitat. Il n’est pas rare en effet de voir des villas adossées aux mastodontes ou juchées sur le toit de ces derniers, composant de la sorte une architecture originale.

Ronce-les-Bains
Ronce-les-Bains
La Grande Côte

« Faire avec » ces mastodontes d’un genre particulier

Un article de la Charente Libre, intitulé “Inventaire des blockhaus toujours dans le paysage” (Agnès Marroncle, le 9 mai 2013), fait état des situations et traitements multiples que connaissent ces vestiges de la Seconde Guerre mondiale. Mais l’article évoque aussi les problèmes de sécurité que posent ces derniers. Ainsi plusieurs d’entre eux ont-ils dû être ensablés ou murés pour éviter que des visiteurs ne prennent des risques inconsidérés en s’y engouffrant.

La Baie de Bonne Anse
La Baie de Bonne Anse

Quant aux blockhaus qui s’enfoncent dans le sable et dans l’eau et qui sont susceptibles de créer des baïnes dangereuses pour des baigneurs, le projet de les démanteler refait régulièrement surface. Il arrive qu’il aboutisse mais quand cela n’est pas le cas, c’est notamment pour des raisons logistiques et de coût.

Les blockhaus de la Baie de Bonne Anse et de la Côte sauvage

La baie de Bonne Anse fait partie du réseau Natura 2000, notamment par rapport au rôle qu’elle joue pour de nombreuses espèces d’oiseaux qui se nourrissent dans ses vasières et qui nichent dans les dunes environnantes. Elle « fait également partie d’une ZNIEFF de type 2 “Zone Naturelle d’Intérêt Ecologique Faunistique et Floristique”, en partie grâce à son patrimoine floristique particulier, composé de certaines plantes endémiques nationales tel que le Linaria thymifolia (Linaire à feuille de thym) ou du Golfe de Gascogne tel que l’Artemisia campestris maritima (Armoise de Lloyd), auquel s’ajoutent différents types de salicornes… » (accès : http://www.paysroyannaisenvironnement.org/index_htm_files/La%20Palmyre.pdf).

 

 

Cette zone si particulière, dominée par le phare de la Coubre, n’a évidemment pas toujours connu l’écosystème qu’on lui connaît aujourd’hui. D’ailleurs, celui-ci évolue rapidement, notamment au gré du déplacement d’une flèche de sable qui, en soixante ans, a accentué son déplacement vers l’extérieur (1km 5) enfermant dans son arc agrandi, un espace protégé de la houle et du vent (ces données figurent dans un document publié par Agglomération Royan Atlantique et intitulé Tempête et évolution du trait de côte sur le pays royannais).

Comme c’est le cas pour d’autres sites, les blockhaus qui siègent en ce lieu témoignent donc de son évolution. Si plusieurs blockhaus sont nichés en forêt et si d’autres se retrouvent en bordure de mer, c’est parce que le jeu des courants, des tempêtes, des glissements de sol ont impacté différemment leur déplacement ou leur ensablement. Ainsi chacun raconte-t-il, à sa façon, l’histoire du terrain sur lequel il a été érigé et la façon dont celui-ci réagit ou est affecté par différents types de facteurs, naturels et humains…

Au-delà de ces singularités, les blockhaus attestent des transformations du littoral dont le phare de la Coubre est lui-même un exemple. Construit en 1905 à deux kilomètres de l’océan, le phare se retrouve désormais à 800 mètres de celui-ci. Connaîtra-t-il le sort de son prédécesseur qui s’est écroulé sous l’influence des marées en 1907 ?

Quoi qu’il en soit, c’est dans cet espace si particulier où forêt, zone marécageuse et plage de sable fin s’entrelacent que les graffeurs élisent domicile. Sur la plage, dans la forêt ou en bordure d’estran, ils tracent des noms, des dessins, des fresques, des dates. Leurs styles diffèrent. D’un édifice à un autre ou d’une année à l’autre. Surtout, tous font la démonstration de l’inventivité et de l’humour des graffeurs mais aussi de leur désir de marquer de leur empreinte des parois singulières.

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