Les graffitis de la Tour de la Lanterne à La Rochelle

Trois tours pour défendre un port

La Tour de la Lanterne est l’une des trois tours du vieux port de La Rochelle qui longent le front de mer. Sur cette photographie, elle est celle qui se dresse à droite, en arrière-plan des immeubles jouxtant le bassin. A gauche, on peut voir la Tour Saint-Nicolas (dont l’inclinaison datant de sa construction au XIVe siècle a dû être corrigée) ; à droite, la Tour de la Chaîne. Toutes les trois s’inscrivaient dans un plan défensif de la ville et prenaient place dans un ensemble de fortifications. Elles ont été classées monument historique en1879. Leur visite est intéressante pour apprécier leur construction et comprendre leur histoire – dont défensive – mais aussi pour goûter à la beauté du point de vue sur la ville et sur la mer. On peut d’ailleurs se rendre de la Tour de la Chaîne jusqu’à la Tour de la Lanterne en empruntant une courtine – auparavant battue par la mer – de laquelle on a vue sur l’arrière du port et au-delà sur l’Océan.

Histoires de Tour

La Tour telle qu’on peut la voir et la visiter date de 1468 (fin de la période d’une construction qui avait commencé en 1445). D’une hauteur totale de 70 mètres, elle est composée d’une base cylindrique, surmontée d’une flèche gothique octogonale. Sur le site de larochelle-info.com, on peut lire ces précisions :”Elle tire son nom de ce fait que sur la tourelle de l’escalier se trouvait une lanterne de pierre percée à jour à six pans et vitrée pour empêcher que le vent n’éteignit le gros cierge au massif flambeau que l’on mettait dedans la nuit, en mauvais temps pour servir de phare et de lumière aux vaisseaux”. Phare et prison tout à la fois, la tour a connu une importante fréquentation et une histoire plurielle.

C’est cette pluralité qui explique qu’elle ait connu plusieurs appellations, chacune en lien avec des faits historiques. Elle fut Tour du Garrot au cours d’une période où elle remplissait un rôle de surveillance, désarmant les bateaux avant qu’ils n’entrent dans le port. La mer était alors à ses pieds.

On l’appela aussi Tour des prêtres parce qu’au XVIe siècle, au moment des guerres de religion, elle servit de prison à 13 prêtres qui furent égorgés et jetés à la mer.

Enfin, on l’appela Tour des quatre sergents parce qu’en 1822, on y enferma deux sergents accusés d’avoir voulu renverser la monarchie de juillet, avant qu’ils ne soient transférés à Paris et guillotinés avec leurs deux autres compagnons.

Quelques 600 graffitis sur l'ensemble des parois

A partir des guerres de religion (1568), la Tour de la Lanterne a servi de prison. Une fonction qui, selon les périodes, la vit accueillir des prisonniers aux profils distincts. Il pouvait s’agir : de représentants de minorités religieuses aux XVIe et XVIIe siècles (catholiques, puis protestants) mais aussi de marins anglais ; de corsaires de différentes nationalités au XVIIIe siècle lorsque la guerre des mers faisait rage ; de prisonniers des guerres de Vendée après 1793. Et quand la tour devint prison militaire en 1820, elle accueillit des soldats français accusés, par exemple, de mutinerie.

Ce sont les inscriptions laissées par beaucoup de ces hommes que l’on découvre sur les parois de l’escalier, celles des salles ou de la coursive en haut de l’édifice. Tracées par des prisonniers de différentes conditions, elles offrent une palette très large de témoignages. Evidemment, des noms, prénoms et dates figurent sur de nombreuses gravures dont celle de Peter Grist en 1666 qui est accompagnée de motifs floraux, mais on trouve aussi des métiers, des personnages, des représentations religieuses, une locomotive (XIXe siècle, graffiti attribué à Lebon)… Ou la comptabilité des jours d’emprisonnement…

Vue sur le port, cap sur la mer

Non seulement les bateaux sont très présents sur les murs de la Tour de la Lanterne mais ils le sont déjà dans l’escalier qui conduit au premier étage. Beaucoup de prisonniers étaient des marins, de différentes cultures et nationalités. Certains étaient soldats, d’autres corsaires. Mais au-delà de cette différence, ils avaient la mer et un métier en partage. Rien d’étonnant à ce qu’ils aient tracé sur les murs ce que, non seulement, ils connaissaient mais que, par ailleurs, ils pouvaient voir depuis leur prison.

Le port de La Rochelle - Graffiti attribué à Emile Lafontaine

Références

Bucherie L. (relevés), Delon R. (photos), 1993, La Tour de la Lanterne : les lieux, les hommes, les graffiti, Boulogne, Ed. du Castelet.

Delugeard S., 2016, Les supports de l’écriture et de la communication en milieu carcéral, thèse de doctorat en sémiotique, Université de Limoges.

Morlaine M., 2012, “La Tour de la Lanterne à La Rochelle”. Criminocorpus. Accès : https://criminocorpus.hypotheses.org/7322

Sites

Accès : http://www.larochelle-info.com/larochelle/f-4-9-7.histoire-la-tour-de-la-lanterne

Accès : htmlhttps://criminocorpus.org/fr/expositions/##filter=.art-et-justi

 

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