Une invention moderne
Au Royaume-Uni, par exemple, et sous l’impulsion de l’ingénieur Thomas Telford (1757-1834), le Menai Suspension Bridge est ouvert à la circulation en 1826 pour faciliter la traversée d’un bras de mer sans gêner la circulation des voiliers.
À l’époque, il est le plus grand pont en activité (176 mètres de portée principale). En France, c’est l’ingénieur Marc Seguin (1786-1875) qui conçoit le premier pont suspendu remplacé ensuite par la passerelle Marc-Seguin qui, dès 1825, permet de franchir le Rhône. Son modèle inspira d’autres édifices, tel celui de Tonnay-Charente dont le projet est pris en charge par l’ingénieur en chef du département, Louis Dor, ainsi que par la société Escarraguel frères dont les quatre frères, Dominique (1810–1882), Louis-Isnel (1808–1873), Grégoire (1815–1863) et Jacques (1810–1871), étaient architectes et entrepreneurs à Bordeaux. Construits en quelques mois et associant des câbles métalliques (ou des chaînes de suspension) et des piles en béton hydraulique, les ponts suspendus incarnent la modernité et sont un objet de fierté.
Des constructions mises à l’épreuve
Pour autant, l’utilisation des ponts suspendus, en tout cas dans leur première version, fut de courte durée. Beaucoup d’entre eux cédèrent sous le poids des charges à supporter. Par exemple, pour le pont de Tonnay-Charente, c’est lors d’un essai de charges en 1883 que le tablier du pont s’est écroulé, montrant la fragilité des parties en bois qui le constituaient. Un peu plus d’un an plus tard, le pont fut à nouveau ouvert à la circulation, cette fois-ci après l’intervention de l’ingénieur Ferdinand Arnodin (1845-1924). Mais, en 1934 et 1935, une fois encore, des travaux furent engagés pour élargir le tablier de telle sorte qu’il puisse accueillir une circulation à double sens et supporter des véhicules plus lourds.
Il sera toutefois définitivement fermé en 1964 après que le pont de Saint-Clément (1 500 mètres en amont), plus adapté à la circulation moderne, ait été inauguré. En dépit des travaux réalisés et d’un usage limité du pont, les avanies de celui-ci continuèrent et le pont fut à nouveau fermé entre 2004 et 2009.
Témoins de cette histoire en pointillés les panneaux et barrières qui, sur la rive gauche, interdisent la circulation. Témoins aussi les éléments de consolidation apposés sur le pont ou bien la végétation qui a pris possession de certaines parois, ou encore, les traces du passage de quelques visiteurs indélicats qui ajoutent au mystère de l’édifice.