Une voie verte permet de longer le second canal ‒ par sa longueur ‒ de la Charente-Maritime (24 kms), le Canal entre Marans et La Rochelle (Accès : https://www.aunis-maraispoitevin.com/autour-de-la-rochelle/itineraire-long-canal-marans-la-rochelle/). Cette voie d’eau traverse les communes de Marans, Andilly, Villedoux, Saint-Ouen d’Aunis, Sainte-Soulle, Saint-Xandre, Dompierre-sur-Mer et Périgny avant d’arriver à La Rochelle où elle prend le nom de Canal de Rompsay.
Un canal dans l'Histoire
D’une certaine façon, le canal fut dépassé avant même qu’il n’ait été rentabilisé et son déclassement officiel fut prononcé en 1957 : « Le transport commercial sur le canal de Marans ne dura donc qu’une vingtaine d’années, et encore avec un trafic dix fois inférieur à celui prévu. Ce canal fut complètement abandonné à la fin de la Première Guerre mondiale ».
Mais ce rendez-vous manqué n’est plus d’actualité : aujourd’hui, le canal est devenu un lieu de promenade et ses alentours sont un lieu de villégiature très prisé. En attestent les travaux d’aménagement qui ont été engagés sur le site par le Conseil Départemental de La Charente-Maritime et qui facilitent et sécurisent le déplacement des cyclistes (la vélodyssée qui relie Roscoff à Hendaye passe par ce canal) et des marcheurs mais aussi, dans un autre style, des pêcheurs.
Les mystères du Tunnel Saint-Léonard
En plus des ponts et des écluses qui chevauchent le canal, un tunnel parcourt une longueur de 842 mètres (sur une largeur de 8 mètres). Situé à hauteur de la commune de Dompierre-sur-mer, précisément sous la colline de Saint-Léonard (33 mètres), le Tunnel Saint-Léonard a fait l’objet de travaux d’envergure au milieu du XIXe siècle pour creuser et déblayer un calcaire très dur « qui a été utilisé dans la fabrication de la chaux destinée aux travaux du fort Boyard (1851-1852) » (Accès : https://fr.wikipedia.org/wiki/Tunnel_Saint-L%C3%A9onard).
Posé au milieu de nulle part, ce tunnel vaut largement le détour. Quand on vient de Dompierre-sur-Mer, on le découvre au bout d’un chemin pentu, après avoir marché dans le Bois de Pins et le Parc du Canal. Totalement insolite, la ballade dans ce tunnel et ses environs est une belle découverte. Pour ceux et celles qui ont vu le film Irréprochable (sorti en salle en 2016), on comprend que le réalisateur Sébastien Marnie y ait planté sa caméra pour y tourner certaines des scènes les plus sombres de ce film dont Marina Foïs interprète une héroïne vénéneuse.
Un article du quotidien régional Sud Ouest, paru le 5 août 2020, décrit le tunnel et en raconte l’histoire, choisissant pour cela un titre qui donne envie de s’y rendre : « Les dessous de la Charente-Maritime : au coeur des ténèbres du Tunnel Saint-Léonard à Dompierre-sur-Mer« . On y lit que ce tunnel a été creusé par des prisonniers de guerre et par des forçats espagnols et napolitains. Ceci autour de l’année 1850… Une histoire en prise ici avec celle de l’histoire du bagne en France…
Tags et graffitis sur les parois
Si les propriétés techniques et esthétiques de cet ouvrage sont d’un grand intérêt, elles ne sont pas les seules. En effet, dès l’entrée du tunnel, on découvre des graffitis de différentes périodes, les très contemporains se mêlant aux plus anciens.
Les plus anciens datent des années 1880 (1881 pour le graffiti ci-joint). Quant aux plus récents, ils ressemblent à beaucoup de ceux que l’on voit en maints endroits.
Sur une bonne partie des 842 mètres du tunnel, des noms et/ou initiales ont donc été gravés ou tagués, montrant la continuité de la fréquentation du lieu, au-delà des singularités de chacune des différentes époques.
Et si l’usure des parois et la présence de moisissures témoignent du temps qui passe, elles confirment aussi l’ancienneté des gravures, figées pour certaines sous une couche de calcite. Comme partout ailleurs et pendant 150 ans environ, des signes – dont une croix gammée -, des patronymes et prénoms, des initiales et des dates évoquent des années paisibles ou d’autres totalement bouleversées…
Mais hormis leur capacité à raconter le passage de l’un ou l’autre en ce lieu (dont pendant la Seconde Guerre mondiale avec les dates 8.9.40 et 1942), les gravures sont aussi une expérience esthétique dans laquelle support et matière se répondent. Ainsi le lieu se prête-t-il particulièrement bien aux tags contemporains, les lettrines aux franches couleurs ressortant sur des parois de calcaire, seulement éclairées par une faible lumière…
En parcourant ces 842 mètres qui plongent sous la colline Saint-Léonard, ce sont donc près de deux siècles d’une double histoire que l’on retrouve, celle du geste technique de l’ingénieur et celle de son appropriation par des visiteurs…